« Au terme de bien des années, je m’étais détachée de la vie que j’avais menée dans la ville, comme nous découpons aux ciseaux une partie de paysage ou d’un portrait de groupe. Navrée du dégât que j’avais ainsi causé à l’image que je laissais derrière moi, et ne sachant trop ce qu’allait devenir le fragment découpé, je m’installai dans le provisoire, en un lieu où je ne connaissais personne dans le voisinage, où les noms de rue, les odeurs, les vues et les visages m’étaient inconnus, dans un appartement sommairement agencé où j’allais poser ma vie pour un temps. « 


« La rivière » Esther Kinsky