« Il m’énerve.
-Tout est simple , pour toi . Jamais de doutes, rien!
-Tout. ….Montre moi un homme qui n’a jamais douté, et je verrai un
imbécile. ….Qu’est ce que tu t’imagines? Des doutes , j ‘en ai eu
plein ! J’ai quitté l ‘Algérie à dix-neuf ans, j ‘ai tout laissé
derrière moi, ma famille, ma culture, ma langue. Je suis parti parce que
là-bas c’était la pauvreté assurée et que j ‘avais des rêves de garçon
de dix-neuf ans. Je voulais une belle montre , de belles chaussures, un
bel appartement, une belle voiture. ..Je voulais tout , et plus que ça.
Je me suis retrouvé ici à bosser sur chantier quarante huit heures par
semaine et à me faire traiter de crouillat et c’était pas facile tous
les jours.Je m’en suis posé des questions, quand je me retrouvais seul
au foyer, le soir, loin de ceux que j’aimais. Je me suis demandé
quelquefois si je n’avais pas quitté la pauvreté pour trouver la misère.
Parce que la vraie misère, c’est d’être seul dans la vie.
-Pourquoi tu es resté, alors?
Du menton, Nassardine montre la porte du couloir, qui mène à la chambre
-Pour elle, évidemment. C’est la femme de ma vie. On n ‘est pas si nombreux à la trouver, crois-moi. ….
…..Les femmes nous rendent meilleurs mon fils.tu ne le sais peut –
être pas encore , mais un jour tu le comprendras.Comme disait mon père :
 » L homme apporte les pierres et la femme construit la maison….. »

« Trente-six chandelles » Sabine Roger