« Ada s’était entichée du mot « vachement », que du jour au lendemain elle s’était mise à utiliser à tout bout de champ. Cette nouvelle manie avait le don d’horripiler Otto, qui tint à s’informer sur la signification et les origines du mot en question. Ada s’en alla d’un pas résolu consulter sa voisine Mariana, qui après tout avait étudié à l’université. Elles émirent ensemble deux hypothèses étymologiques. La première, de nature kilométrique ; dans « c’est vachement loin », il s’agit de traduire l’idée d’une distance excessive, au point que même une vache serait épuisée avant de l’avoir parcourue. Et quand on dit : « il y a vachement à manger », c’est pour évoquer une quantité de nourriture qui suffirait à rassasier un bovin. « Quelle que soit l’origine de l’expression, on voit que tu l’utilises à tort et à travers », insista Otto après avoir entendu l’explication. Mais Ada ne l’écoutait plus. « Je suis à moitié sourde de cette oreille », prétendait-elle. »

« Les nuits de laitue » Vanessa Barbara