le voyage du canapé-lit

« De même, si on s’avise de sortir son trousseau de clés au moment où l’ascenseur va arriver sur le palier, et si le trousseau nous échappe des mains, il n’y a rigoureusement aucune chance pour qu’il tombe sur le plancher de l’ascenseur. Les clés ont bien calculé leur coup, elles savent ce qu’il faut faire, et tac, elles se glissent directement dans l’interstice entre la plate-forme de l’ascenseur et la porte palière, elles chutent d’étage en étage, et atterrissent au fond de la fosse. Pour récupérer les clés, il faudra s’adresser au concierge, mais il est quatorze heures et la loge ne rouvre pas avant dix-huit heures. A dix-huit heures, le concierge écoute votre histoire de l’air de celui qui vous prend ostensiblement pour un maladroit, un con et un emmerdeur. Il appelle de mauvaise grâce la société d’entretien de l’ascenseur, laquelle n’a personne de disponible, il est vendredi, ils passeront le lundi à une heure indéterminée, ça tombe bien, lundi vous êtes pris toute la journée, il faudra qu’ils remettent les clés au concierge. Au fond de la fosse, les clés ricanent, vous pouvez presque percevoir leur petit rire grelottant. « 

« Le voyage du canapé-lit »   Pierre Jourde