chroniques d'un rêve enclavé

« Peu de Collinards avaient repris leurs activités normales, du moins peu de ceux qui l’avaient fait s’étaient remis à travailler à leur compte. C’était une phase de transition, entre l’oeuvre collective qui nous avait permis de franchir l’hiver et le retour au labeur individuel qui rendrait à chacun son indépendance. Un peu partout sur la colline, il régnait une ambiance étarnge comme si, malgré le plaisir que chacun avait à recouvrir la libre disposition de son existence, personne n’était pressé d’en tirer des profits personnels. Les paysans étaient retournés à la terre, les pêcheurs au delta ou à la mer. Les artisans cherchaient de la matière ou apprêtaient leurs outils, les commerçants astiquaient leurs échoppes et reprenaient contact avec les fournisseurs. Il y avait à la fois de l’entrain et une certaine inertie. Rien encore ne se vendaitni ne s’achetait. On échangeait des services, on troquait es denrées. Mais surtout on se consultait et on s’entraîdait, sans se soucier de la concurrence et des privilèges »

« Chroniques d’un rêve enclavé » Ayerdhal