« Quand j’étais gamin, le padre disait : ‘Trente-cinq ans à clouer des semelles ! Tac tac tac ! Toute ma vie, j’ai usé mes mains pour permettre à mes enfants de travailler avec leur tête !’ La réussite scolaire était une chose très importante à ses yeux. A l’arrivée du bulletin de notes, comme à son habitude : ‘Assieds-toi près de moi et dis-moi ce qu’il y a de marqué là-dessus avant que je signe.’ Je lui répétais une à une les moyennes sur vingt, les appréciations de l’institutrice, et lui faisais remarquer fièrement qu’il n’y avait aucun point rouge dans la colonne du comportement. ‘C’est bien, mon fils, je suis content.’ Lentement, il apposait au stylo Bic une petite signature d’illettré, tremblotante, fébrile, qui ne donnait pas le moindre indice sur son caractère bien trempé. Puis, il replaçait le capuchon sur le stylo et l’accrochait avec les autres, à la poche de sa chemise à manches courtes, comme un médecin généraliste, bien qu’il ne sache ni lire ni écrire. »

« Un homme ça ne pleure pas »  Faîza Guène