moi jean gabin

« Elle le dit avec un tel désir de confirmation que je ne me sens pas de la décevoir. Jean ne le ferait jamais, de décevoir une femme fragile sans défense. Un petit mensonge est toujours préférable à une vérité cruelle, comme dit mon père, et je m’entends dire : -Eh oui, je suis triste que tu t ‘en ailles. J’avais l’intention de dire un mensonge mais, complexité de la nature humaine !, en le disant je comprends que c’est vrai, ça me rend triste, et en un clin d’œil, exactement comme au cinéma, je me retrouve enlacée à ses énormes épaules – on dirait des coussins, oh -, à sangloter et, chose vraiment honteuse, à l’implorer de ne pas partir, de ne pas nous laisser dans la poussière qui à chacun de ses départs s’accumule sur le sol, sur les meubles, sur mon corps même. »

« Moi, Jean gabin »  Goliarda Sapienza