« Je perds mes souvenirs aussi, et quand je ne les perds pas, ce qui les constitue disparaît de lui-même. Je viens d’évoquer l’ordinaire du régiment, et la cantine de l’usine. Ma caserne est rasée depuis longtemps, ils ont construit un cinéma sur l’emplacement. Mon usine est désaffectée elle aussi, mais sans rien qui la recouvre, elle reste là à pourrir debout, l’industrie papetière n’a plus besoin d’elle ni de ses ouvriers, le papier aujourd’hui on l’importe. Quant à ma maison, elle est désormais occupée par mon fils, mais elle est toujours là. Moi, je suis ici. Je ne suis plus dans ma maison, je suis dans la Maison. »

« Les Giètes: photo roman » Fabrice Vigne et Anne Rehbinder