« Ma dernière bibliothèque se trouvait en France, logée dans un vieux presbytère au sud de la vallée de la Loire, au coeur d’un village paisible d’à peine 10 maisons. Nous avions choisi cet endroit, mon partenaire et moi, parce qu’il y avait, juste à côté de la maison, une grange partiellement détruite depuis des siècles et assez vaste pour accueillir ma bibliothèque, laquelle se montait alors à trente-cinq mille volumes. je pensais que du moment que les livres trouvaient leur place, je trouverais la mienne. L’avenir devait me donner tort.

Je sus que je voulais vivre dans cette maison dès la première fois que j’ouvris les deux lourdes portes cochères de chêne qui donnaient accès au jardin. Telle était la vue: encadrés par la voûte du portail en pierre, deux antiques sophoras projetant leurs ombres sur une tendre pelouse qui s’étendait jusqu’à un lointain mur gris, tout au fond; on nous raconta que, sous le sol, des corridors voûtés avainet été creusés lors de guerres paysannes afin de relier la maison à une tour aujourd’hui en ruine, à l’arrière-plan. »

« Je remballe ma bibliothèque: une élégie & quelques disgressions »  Alberto Manguel