« Si seulement mon dix-huitième anniversaire n’était pas tombé douze ans après le décès d’un oncle éloigné parti vivre en Espagne…Si cet oncle n’était pas resté sans descendance et si, juste avant de s’éteindre, il n’avait pas soudain été pris d’une nostalgie pour la vie qu’il n’avait jamais menée…Si, pour toutes ces raisons, il n’avait pas envoyé son unique bijou, une bague, à ma grand-mère en lui demandant de le transmettre à un descendant homonyme encore à naître…Si ma grand-mère n’avait pas oublié de m’acheter un cadeau pour mes dis-huit ans et si je n’étais pas allée la voir le jour de mon anniversaire…Si elle n’avait pas regardé nerveusement autour d’elle à la recherche de quelque chose qui pourrait ressembler ne fût-ce que de loin à un cadeau…Si ces yeux n’étaient pas tombés sur le petit écrin de cuir noir renfermant une bague qui attendait là depuis douze ans le doigt ad hoc…Si je ne m’étais pas imposé de tenir une promesse qui placerait entièrement ma première grossesse sous le signe d’un certain attentat à la bombe du 5 décembre 1946…Alors cette histoire serait restée le petit mythe lisse comme un miroir qu’elle fut pendant soixante-dix ans. »

« Le prénom de mon oncle » Marjolijn van Heemstra