« Il commença à comprendre ce qui avait fait venir l’oiseau ici. Il prit conscience tout à coup de la fantastique attirance que ce désert suscitait. Il tourna le dos à la mer couverte de blocs de glace et regarda les terres. A nouveau, son âme se gonfla d’éternité. Les montagnes remplirent tout
son champ de vision. En bas, elles étaient couvertes d’énormes amas de neige, ronds, séduisants, presque doux comme des femmes. De longues guirlandes brunes couraient sur les versants de montagne où la neige avait fondu, et en haut, les pics gigantesques s’étiraient vers le ciel clair comme des clochers d’église. Pour la première fois de sa vie, Anton voyageait en lui-même. Il était quelque part en dehors de son corps, quelque part entre le fond de la vallée et la voûte infinie du ciel. Il ne voyait rien, n’entendait rien et ne se souvenait de rien.
Il sentait en lui une liberté intense, cette liberté dont il avait toujours rêvé, et qu’il s’était toujours souhaitée à travers ses rêves. Cette liberté que l’immense pays polaire avait patiemment, trois ans durant, tenue offerte devant lui. »

« Un safari arctique et autres racontars » J. Riel