« Une illusion, de part en part, voilà ce qu’était cette vie que nous montrions sur scène : une illusion de toute beauté ! Si quelqu’un mourait, c’était élégamment, dans son lit, dispensant aux pleureurs rassemblés autour de lui quelques paroles édifiantes et pardonnant à ses ennemis le mal qu’ils lui avaient fait ; aucune bombe ne réduisait qui que ce soit en miettes, personne ne hurlait au fond d’une tranchée, en proie à une cruelle agonie. Il est facile de comprendre pourquoi le chien gris courait autour du bâtiment en glapissant férocement et pourquoi, lorsqu’il apercevait un comédien, ses poils se dressaient sur son échine. Derrière les murs de l’Estonia, on vivait une vie qui ne se pliait pas à ses lois ; c’était une tour d’ivoire, pour l’escalade de laquelle ses griffes s’avéraient trop émoussées. C’était une cita­delle. »

« Le papillon » Andrus Kivirâhk