« Sociologiquement, les acteurs du capitalisme vert résultent d’une convergence entre différentes couches sociales; c’est d’ailleurs ce qui fait sa force symbolique et pratique-financière notamment. Ils résultent du croisement entre deux principaux groupes, avant l’apparition, à partir des années 1960, des activistes issus, pour la plupart, des classes moyennes.D’une part, il y a les technocrates qui se situent à différents niveaux de l’appareil d’état dont l’interventionnisme dans les questions de ressources et d’environnement s’accroît. Aux Etats-Unis, on y trouve les différents écologues qui ont travaillé sur les parcs nationaux (Gifford Pinchot) ou les impacts du Dust Bowl (Frederic Clements), dont certains ont parfois des sensibilités romantiques (Aldo Leopold). S’y ajoutent les partisans du malthusianisme, souvent proche des milieux eugénistes (Osborn, Vogt, etc.)D’autre part, il y a les aristocrates, qui ont perdu leur place politique dans les démocraties contemporaines, à l’exception des monarchies parlementaires (Royaume-Uni, Suède, Pays-Bas). Ils s’investissent alors massivement dans la protection de la nature, en particulier de la nature sauvage avec le WWFF. Le nombre des aristocrates est incroyablement élevé dans les instances environnementales, largement supérieur à leur proportion au sein de la population, ainsi que dans les différents fonds financiers consacrés à la défense de la nature. Ils sont logiquement à l’aise avec la gouvernance mondiale ou parapublique puisque ces instances échappent à la vulgaire démocratie qui doit choisir ses représentants, qui peut les destituer et, au moins en théorie, les contrôler.La coagulation idéologique entre technocrates et aristocrates passe souvent par le puritanisme religieux qui vénère la nature sauvage (Jhon Muir, Monod, Dubos, Illich, etc.) »La presse people » est un acteur essentiel. Elle joue un rôle-clé en nous présentant ces aristocrates non seulement sous le jour de leurs frasques, de leur luxe ou de leurs malheurs, mais aussi sous l’aura rédemptrice d’hommes et de femmes qui se consacrent à la défense de la , des pandas ou des tigres, et qui, finalement, se préoccupent du sort de la planète, c’est-à-dire de nous. Elle valorise aussi les courageux naturalistes, les reporters intrépides, les cinéastes et photographes qui ont peut-être du talent, mais dont les compétences scientifiques sont parfois bien faibles. »

 » Effond-rement & Capitalisme vert : la collapsologie en question » Philippe Pelletier