«  »La côte de l’Arabie n’a rien de pittoresque, badinait le Black-Wood’s Edinburgh Magazine cher aux soeurs Brönte et à Edgar Allan Poe’; tous ses charmes sont, comme ceux de l’huitre, cachés sous la plus grossière de toutes les écailles ». Evoquant l’intrépide Captain Haines, désormais omnipotent sur le rocher, le journal écossais concluait: « Qu’un être sensé et raisonnable qui pourrait vivre dans un autre pays consente à habiter Aden, c’est une des merveilles de la nature humaine ». Une vieille légende venue d’on ne sait où prétendait que, pour échapper à son juge et à son destin, le frère assassin du bon Abel se réfugia justement là, sur une île de la baie d’Aden, et ce frère s’appelait Caïn. C’était assez pour dire aux générations successives la désolation des lieux. Mais les Britanniques en ayant pris possession, le rocher volcanique se vit transformé bientôt sinon en paradis, du moins en société à responsabilité limitée. Les gens de Londres, Glasgow et Edimbourg estimaient cette évolution dans l’ordre des choses, du progrès, grâce à leurs efforts propres et à ceux de leurs semblables, grâce à l’industrie de l’Europe, aux cotonnades des Indes, aux steamers courant les mers, aux inventions à la Jules Verne et aux souffrances à la Dickens. Ils voyaient leur champ d’action s’élargir et le monde se rétrécie à leur profit »

« Quatre saisons à l’hôtel de l’univers » Philippe Videlier