« – T’as arrangé ton truc? demanda-t-il.Ron aquiesça. Earl l’ignora et continua à écouter ce que racontait le nouvel arrivant, un dénommé Willy q ui venait de Folsom. Il était en train de décrire l’assassinat d’un certain Sheik Thompson, et le récit de toute évidence faisait plaisir à Earl. Les tueurs avaient surpris le gars alors qu’il franchissait l’embrasure d’une porte et ils lui avaient brisé la jambe à coups de batte de base-ball. Lorsqu’il était tombé au sol, ils l’avaient poignardé à mort.

– Au beau milieu de la cahute qui sert de salle de sport. L’entraîneur était présent, à l’intérieur de la salle, et il n’a pas pu franchir l’attroupement et sortir. Il n’a même pas eu l’occasion d’utiliser son sifflet. Quand c’a été fini, il est sorti en courant en hurlant comme une femmelette.

– C’est une femmelette, dit Earl. Mais c’est dur à croire qu’un animal comme Sheik se soit finalement fait tuer. je sais qu’il a eu au moins une douzaine de tentatives auparavant. Il était duraille, l’enfoiré.- Ouais…Ouais…, dit le conteur, soudain très excité par un détail qu’il avait oublié: quand les bourrins ont fait traverser la cour à Slim et Buford, les deux mecs ont eu droit à une ovation debout.., de tout le monde… sans exception. incroyable, putain. Même les gardiens avaient le sourire aux lèvres, parce qu’en plus, c’était un enfoiré d’indic. »

« La bête contre les murs » Edward Bunker