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Blog Nohbi

La bête contre les murs

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 11 Mai, 2022 15:58

« – T’as arrangé ton truc? demanda-t-il.Ron aquiesça. Earl l’ignora et continua à écouter ce que racontait le nouvel arrivant, un dénommé Willy q ui venait de Folsom. Il était en train de décrire l’assassinat d’un certain Sheik Thompson, et le récit de toute évidence faisait plaisir à Earl. Les tueurs avaient surpris le gars alors qu’il franchissait l’embrasure d’une porte et ils lui avaient brisé la jambe à coups de batte de base-ball. Lorsqu’il était tombé au sol, ils l’avaient poignardé à mort.

– Au beau milieu de la cahute qui sert de salle de sport. L’entraîneur était présent, à l’intérieur de la salle, et il n’a pas pu franchir l’attroupement et sortir. Il n’a même pas eu l’occasion d’utiliser son sifflet. Quand c’a été fini, il est sorti en courant en hurlant comme une femmelette.

– C’est une femmelette, dit Earl. Mais c’est dur à croire qu’un animal comme Sheik se soit finalement fait tuer. je sais qu’il a eu au moins une douzaine de tentatives auparavant. Il était duraille, l’enfoiré.- Ouais…Ouais…, dit le conteur, soudain très excité par un détail qu’il avait oublié: quand les bourrins ont fait traverser la cour à Slim et Buford, les deux mecs ont eu droit à une ovation debout.., de tout le monde… sans exception. incroyable, putain. Même les gardiens avaient le sourire aux lèvres, parce qu’en plus, c’était un enfoiré d’indic. »

« La bête contre les murs » Edward Bunker



Quatre saisons à l’Hôtel de l’univers

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 27 Avr, 2022 16:01

«  »La côte de l’Arabie n’a rien de pittoresque, badinait le Black-Wood’s Edinburgh Magazine cher aux soeurs Brönte et à Edgar Allan Poe’; tous ses charmes sont, comme ceux de l’huitre, cachés sous la plus grossière de toutes les écailles ». Evoquant l’intrépide Captain Haines, désormais omnipotent sur le rocher, le journal écossais concluait: « Qu’un être sensé et raisonnable qui pourrait vivre dans un autre pays consente à habiter Aden, c’est une des merveilles de la nature humaine ». Une vieille légende venue d’on ne sait où prétendait que, pour échapper à son juge et à son destin, le frère assassin du bon Abel se réfugia justement là, sur une île de la baie d’Aden, et ce frère s’appelait Caïn. C’était assez pour dire aux générations successives la désolation des lieux. Mais les Britanniques en ayant pris possession, le rocher volcanique se vit transformé bientôt sinon en paradis, du moins en société à responsabilité limitée. Les gens de Londres, Glasgow et Edimbourg estimaient cette évolution dans l’ordre des choses, du progrès, grâce à leurs efforts propres et à ceux de leurs semblables, grâce à l’industrie de l’Europe, aux cotonnades des Indes, aux steamers courant les mers, aux inventions à la Jules Verne et aux souffrances à la Dickens. Ils voyaient leur champ d’action s’élargir et le monde se rétrécie à leur profit »

« Quatre saisons à l’hôtel de l’univers » Philippe Videlier



L’été de la sorcière

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 06 Avr, 2022 13:40

« 

Sa manière de parler – le grand soin, la grande prudence avec lesquels elle choisissait ses mots, comme si elle avait affaire à quelque chose de très fragile – pouvait parfois résonner comme du japonais maladroit, mais elle n’en a pas changé tout au long de sa vie, du moins avec moi….
Il existait une certaine tension entre elle et les mots et elle ne les laissait pas s’écouler en suivant leur cours – non, aucune habitude ne s’est installée entre eux jusqu’à la fin. Elle tâchait d’être la plus précise possible. Elle ne se contentait pas de lancer les mots sans plus s’en préoccuper, non, elle s’assurait toujours que son interlocuteur les saisissait correctement, tout comme l’intention qu’ils traduisaient. Oui, c’était ainsi qu’elle parlait. »

« L’été de la sorcière » Kaho Nashiki



Fondue au noir

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 23 Mar, 2022 13:11

«  »Certaines histoires d’amour sont saisies à vif, vite consommées, et peuvent laisser un goût amer. D’autres ressemblent à ces plats en sauce qui mijotent doucement et sont encore meilleures réchauffées. D’autres histoires enfin nécessitent une sorte de valse entre le chaud et le froid. Comme le cassoulet de 7 jours. On met au four. On laisse reposer. On ajoute un ingrédient. Jusqu’à la touche finale et le fameux « A table! » »

« Fondue au noir » Hervé Jubert



La ville de vapeur

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 11 Mar, 2022 08:00

« J’ai toujours envié la capacité d’oubli de certaines personnes qui ne voient dans le passé qu’un changement de saison ou une paire de vieilles chaussures qu’il suffit de remiser au fond d’une armoire pour les rendre incapables de retracer les pas perdus. Pour mon malheur, je me souvenais de tout, et tout se rappelait à moi. Je garde le souvenir d’une petite enfance de froid et de solitude, d’instants morts passés à contempler le gris des jours, et du miroir noir qui ensorcelait le regard de mon père. Impossible de me souvenir du moindre ami. »

« La ville de vapeur » Carlos Ruiz Zafon



Trainspotting

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 24 Fév, 2022 12:44

« La vie est rasoir et inutile. Au départ, on est plein de rêves extraordinaires puis on se retrouve assis dessus. On se rend compte qu’on va tous y passer sans avoir vraiment trouvé les grandes réponses. On prend au sérieux toutes leurs théories à cent litres de salive à l’heure et, en fait, c’est nos propres vies qu’ils nous servent mais sous d’autres formes. Et jamais ils nous ont musclé les pattes avec des trucs cohérents sur les vraies grandes choses. En deux mots, ta vie est courte, décevante et ensuite tu meurs. On occupe nos vies avec de la merde, comme les carrières et les relations, pour nous faire croire que tout n’est pas totalement inutile. »

« Trainspotting » Irvine Welsh



Ma Reine

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 16 Fév, 2022 17:34

« J’étais triste, bien sûr. Mais d’une certaine façon, je me sentais mieux. Viviane avait laissé une lettre pour me prévenir qu’elle partait, elle ne m’avait pas abandonné. C’était moi qui avais tout gâché en la déchirant, si je ne l’avais pas fait j’aurais pu demander à Matti de me la lire plus tard. Je ne serais pas allé au château, je ne l’aurais pas démoli avec mon regard qui abîmait la magie. Tout cela, je l’acceptais, c’était mieux que de ne pas savoir, de demander à mon cerveau de comprendre quelque chose de trop grand pour lui. C’était moi qui avais trahi Viviane, pas l’inverse. Ça me rassure de savoir que c’était ma faute, parce que tout avait toujours été ma faute, que j’y étais habitué et que c’était aussi confortable que mon vieux pyjama en velours vert. »

« Ma reine » Jean-Baptiste Andrea



Fantaisie allemande

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 09 Fév, 2022 17:26

« Souvent en ouvrant les yeux, la petite se demandait si c’était alors la nuit qui n’en finissait pas, et les rêves avec elle, ou si c’était bientôt le jour, et avec lui la venue des choses vraies. Les deux domaines contenaient lumières et douleurs, et elle ne savait pas lequel était le plus doux pour elle, celui de la nuit ou celui du jour. »

« Fantaisie allemande » Philippe Claudel



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