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Broadway

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 25 Nov, 2020 13:27

« Si je devais établir une liste de mes vacances idéales, le paddle à Biarritz avec un couple d’amis n’apparaîtrait pas sur la feuille, ni au dos, ni dans le cahier tout entier. Le soir où il avait lancé cette idée, tout le monde était emballé, c’était l’idée du siècle, du paddle à Biarritz, youhou, champagne. Moi-même j’arborais un sourire franc pour ne pas détonner dans l’effervescence ambiante, un sourire de photo de mariage, sans même savoir ce que signifiait le mot paddle, quoique pressentant qu’il avait de bonnes raisons de ne pas faire partie de mon vocabulaire. En rentrant, j’avais tapé paddle sur Google images, et mes appréhensions s’étaient vus confirmées: on me proposait d’aller ramer debout sur une planche en caleçon de bain avec des gens, et je me suis aussitôt vu, le dos courbé sur un paddle qui n’avançait pas, voire reculait, transpirant et rougeaud, le visage grimaçant de douleur et d’effort, tentant de rattraper à vingt mètres devant moi Denis et ses pectoraux fermes et tendus sous le vent océanique. »

« Broadway » Fabrice caro



ce que je ne veux pas savoir

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 18 Nov, 2020 16:04

« J’avais dit à l’épicier chinois que pour devenir écrivaine j’avais dû apprendre à interrompre, à parler haut, à parler fort, puis bien plus fort et à revenir simplement à ma propre voix qui ne parle que très peu. notre conversation m’avait conduite dans des lieux que je ne voulais pas revoir. Je ne m’attendais pas à retourner en Afrique alors que je me protégeais d’une tempête de neige à Majorque. Pourtant, ainsi qu’il l’avait fait remarquer, l’Afrique m’était déjà revenue quand je sanglotais sur les escalators à Londres. Si je croyais que je ne pensais pas au passé, le passé, lui, pensait à moi. »

« Ce que je ne veux pas savoir » Deborah Levy



Dehors, la tempête

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 11 Nov, 2020 11:48

« Je lis dans le train comme dans un rêve et c’est un double déplacement qui s’opère. Immobile à ma place, indifférente au paysage qui défile, tandis que la neige recouvre les champs, que des gouttes d’eau font la course sur les vitres, que la nuit tombe ou que des gares passent sans qu’on ait le temps de déchiffrer les panneaux, c’est un autre voyage qui m’occupe. Un voyage inscrit en petits caractères sur du papier plus ou moins jauni, au parfum de goudron ou de pain grillé, de pisse de chat ou de grenier chaud.
Lire m’empêche de penser à tous ces cœurs qui battent autour de moi. Il y a tant de vies ici qu’a les imaginer, la tête me tourne. Je suis prise d’un vertige, comme lorsque je me mets à penser à l’univers en expansion. »

« Dehors, la tempête » Clémentine Mélois



Les grandes marées

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 04 Nov, 2020 16:55

« Très tôt, j’ai compris que lorsque vous racontez aux gens ce que vous observez à marée basse, ils pensent que vous exagérez ou que vous mentez, alors qu’en fait vous essayez simplement d’expliquer des choses étranges et merveilleuses, aussi clairement que possible. Le plus souvent, je minimisais ce que je voyais, car je ne trouvais pas de mots assez forts, mais c’est la nature même du milieu marin qui veut ça, ainsi que les rivages où j’ai grandi. Il faudrait être un scientifique, un poète et un humoriste pour espérer tout décrire avec précision, et encore, vous seriez souvent loin de la réalité. En vérité, il m’arrivait de mentir en racontant où et comment j’avais découvert certaines choses, mais, exception faite de ces petits écarts, j’avais bel et bien vu ce dont je parlais. Absolument tout. Et même davantage. »

« Les grandes marées » Jim Lynch



La seizième clé

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 28 Oct, 2020 17:38

« La pièce était une sorte de bibliothèque, dont les rayonnages, plutôt qu’en rangées parallèles, consistaient en des spirales enchevêtrées. Comme si les livres, à la manière de plantes grimpantes, s’étaient enroulés autour de larges piliers. Au-delà de cette disposition, qui formait une véritable jungle de reliures, le plus étonnant était que ces entrelacs de volumes semblaient dotés de vie. À chaque seconde qui s’écoulait, la tranche d’un livre changeait de couleur, comme une feuille qui aurait connu les quatre saisons dans la même expiration. Oswald s’approcha de l’une des colonnes de livres et nota que ce n’était pas seulement une affaire de couleurs : les mots sur les tranches se modifiaient aussi. En fait, cette bibliothèque était à l’image d’un système organique, où chaque livre aurait joué le rôle d’une cellule. »

« La seizième clé » Eric Senabre



Martin Eden

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 21 Oct, 2020 14:25
Martin Eden

« Il y a tant de choses en moi que je voudrais exprimer ! Mais je ne peux pas y arriver. Il me semble quelquefois que l’univers entier m’habite et m’a choisi pour le chanter. Je sens, non, je ne peux pas vous le décrire !… je sens la grandeur de tout ça et tout ce que j’arrive à faire, c’est balbutier comme un nouveau-né. C’est une tâche grandiose que d’exprimer des sentiments et des sensations par des mots écrits ou parlés, qui donneront à celui qui écoute ou qui lit, la même impression qu’à son créateur. Tenez ! je plonge ma figure dans l’herbe et l’odeur qu’aspirent mes narines évoque en moi mille pensées, mille rêves. C’est l’haleine de l’univers que j’ai respirée ; c’est sa chanson et son rire, sa douleur, ses larmes, ses luttes et sa mort. J’aimerais vous dire, à vous, à l’humanité entière, les visions évoquées en moi par cette odeur d’herbe… Mais comment le pourrai-je ? Ma langue est liée. J’ai essayé de vous décrire ce qu’évoquait en moi ce parfum et je n’ai fait que bafouiller. »

« Martin Eden » Jack London



La Vallée des oranges

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 14 Oct, 2020 14:13

Citations de La vallée des oranges (19) – Babelio

« Marseille vivait au rythme nonchalant du printemps. Des cafés bruyants aux terrains de pétanque, les habitants vaquaient à leurs occupations préférées. Il y avait dans l’air comme une étrange vibration. La vibration d’une mémoire qui refuse de n’être que du passé. Marseille riait, chantait, discutait, parlait sans cesse. Les terrasses étaient joyeusement bavardes. La cité phocéenne n’avait pas oublié qu’elle était fille de générations d’émigrés venus du monde entier sans lesquels elle ne serait plus qu’un coin de terre sans âme. Elle avait été un phare lumineux dans les moments difficiles. »

« La Vallée des oranges » Béatrice Courtot


Torsepied

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 07 Oct, 2020 16:16

« Cette histoire, je vais vous la raconter, même si mon professeur de langue anglaise, Mr. Dupuis, estime que les sauts dans le temps ne sont pas des procédés formels très orthodoxes. Selon lui, cela sème la confusion dans l’esprit du lecteur. Je vous avertis donc très honnêtement que c’est ce que je vais faire là, maintenant, tout de suite : un saut dans le passé. Si cela sème encore la confusion dans votre esprit, je ne sais pas quoi vous dire, à part que vous êtes peut-être un rien limité de la comprenette. »

« Torsepied » Ellen Potter


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