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Blog Nohbi

Pas facile d’être une lady !

La citation du "mercredi" Posted on 26 Mar, 2020 09:12
pas facile d'être une lady

 » Une romancière très, très sophistiquée m’aborde (en me prenant de toute évidence pour quelqu’un d’autre) et me parle aimablement . Elle me dit qu’elle ne peut écrire qu’entre minuit et 4 heures du matin , et encore pas toujours . Lorsqu’elle n’arrive pas à écrire, elle joue de l’orgue . Je voudrais bien lui demander si elle est mariée , mais je n’ai pas l’occasion de lui poser la question – ni celle-là ni aucune autre . Elle me parle de ses ventes . Elle me parle de son dernier livre . Elle me parle du nouveau . Elle me dit qu’il y a beaucoup de gens ici à qui elle doit ABSOLUMENT parler et se lance sur les traces d’un poète célèbre qui du reste ne se laisse pas rattraper, ce que je comprend parfaitement . »

« Pas facile d’être une lady! » E.M. Delafield



Je ne suis pas seul à être seul

La citation du "mercredi" Posted on 11 Mar, 2020 08:11

« A l’occasion d’un documentaire sur l’identité, un pédopsychiatre avait déclaré qu’un enfant devenait vraiment lui la première fois qu’il disait non. Comme je voulais être moi et pas un autre, j’ai souvent dit non. En disant non on se sépare des autres, ont désobéit on s’expose à la solitude. Mais on gagne en liberté. Quand on quitte les autoroutes, on divague dans les chemins buissonniers, on peut se perdre, quelques fois on trouve des fleurs sauvages. Descartes a écrit « je pense donc je suis ». Il aurait pu ajouter « seul » : « Je pense donc je suis seul » et pourquoi pas écrire « Je suis seul, donc je pense ». Quand on est seul, on pense, on réfléchit. C’est plus difficile avec les autres, à cause du bruit. A plusieurs, on se sent obligé de parler, et quand on parle, on ne réfléchit pas toujours et parfois, pour plaire, on dit ce que les autres ont envie d’entendre. Quand je suis seul, je me sens libre, je peux penser ce que je veux, je me réfugié dans mes pensées, j’ai comme on dit « la tête ailleurs ». J’adore avoir la tête ailleurs, divaguer, libérer les folies que j’ai dans le crâne. Avoir dépassé saugrenue, inconvenantes, parfois, inavouables. Il n’y a pas de pensée interdite. Je veux être un libre-penseur. Nos grands penseurs ont toujours revendiqué la liberté de penser.»

« Je ne suis pas seul à être seul »  Jean-Louis Fournier



Ma dernière chance s’appelle Billy D.

La citation du "mercredi" Posted on 26 Fév, 2020 16:53
Billy

 » Pendant un moment, Billy mit la tête dehors par sa vitre ouverte; il avait l’air de se sentir aussi libre que moi.
Lorsqu’il se fut recalé sur son siège, il ne put plus s’arrêter de tchatcher, sur Monkey’s Eyebrow, sur son papa, et combien il était sûr que tout ça était très bien.
– Et quand on aura trouvé mon papa, dit-il, on reviendra et on trouvera le tien.
Je me penchais sur le volant, scrutant à travers le pare-brise la longue route obscure qui s’étirait devant nous.
– Tu sais quoi, Billy D. ? Je ne suis pas certain que les pères vaillent vraiment le mal qu’on se donne pour eux. « 

« Ma dernière chance s’appelle Billy D. » Erin Lange



On s’y fera

La citation du "mercredi" Posted on 12 Fév, 2020 09:22

« Zardjou mit la petite valise dans la voiture. Arezou se souvint de la première fois qu’elle avait vu le frère de Tahmineh. C’était à la sortie de l’école. Les deux mères attendaient leurs filles. Sohrab accompagnait la sienne. Il gardait les yeux rivés sur le porte-clef d’Arezou auquel pendait un petit sablier. Arezou avait insisté pour le lui offrir. Jusqu’à la place Azadi, seuls zardjou et Arezou échangèrent quelques mots. Ils évoquèrent leur enfance à Téhéran, les quartiers où ils habitaient: Shemiran pour elle, Baharestan pour lui; le lycée Alborz, le collège Jeanne d’Arc. Zardjou gara la Patrol dans une grande avenue. De son balai à long manche, le balayeur poussait la neige du trottoir vers le caniveau. Son survêtement orange paraissait plus vif dans la blancheur environnante »

« On s’y fera » Zoya Pirzad



De pierre et d’os

La citation du "mercredi" Posted on 06 Fév, 2020 07:50
de pierre et d'os

« Je suis à nouveau seule sur le territoire. À la recherche de baies et de petit gibier. Je dors sur des tapis de mousse quand il y en a, ou parmi les saules nains. Il fait chaud – trop chaud parfois. Cela n’est pas bon. Les moustiques m’assaillent, et j’ai peur que les maladies fondent sur moi. Ikasuk pleure certains soirs. Je me demande si des esprits ne rôdent pas. Ce matin, j’ai cueilli une grande quantité d’airelles. Je les mange par poignées, ça finit par me faire grincer les dents. Je ne les aime qu’avec du sang de phoque, mais je n’ose pas revenir vers la côte pour chasser. J’ai peur de la mer depuis que j’ai touché le tupilak. Je crains aussi de chasser sur la toundra, car toutes les armes que je possède – ma lance, mon couteau, mon harpon – ont servi récemment à tuer des animaux marins. Si je touche un animal terrestre avec ça, je vais mettre son esprit en colère. Je préfère encore mourir de faim. Et puis j’ai à nouveau mal au ventre. Comme à chaque lune désormais, mais cette fois plus encore que d’habitude. Je ne vais pas tarder à perdre mon sang. J’imagine que les animaux le savent, et que je ne devrais pas regarder vers le nord, où passeront bientôt les caribous. Qu’il est donc difficile d’être seule – sans père, sans époux, sans famille. Sans raison de vivre, finalement. Le géant et la veuve ont raison, il me faut un enfant – mais où le trouver ? « 

« De pierre et d’os »  Bérangère Cournut



Une année à la campagne

La citation du "mercredi" Posted on 30 Jan, 2020 07:59

« Le monde semblait avoir poursuivi paisiblement sa course sans même que je m’en aperçoive. Envahie d’un sentiment de gratitude, je découvris qu’une partie de moi-même, disparue je ne sais où pour se laisser consumer par son chagrin et sa douleur, était revenue. J’étais remise sur les rails. Une fois d’aplomb, je m’attaquai à toutes les tâches que l’on entreprend lorsqu’on revient de voyage. Je rangeai le bureau et répondis aux messages que d’autres avaient laissés. J’avais été longtemps absente et il y avait donc toute une pile à liquider avant de me mettre à construire l’après-midi de ma vie, à élaborer un ordre d’une autre espèce, une structure permettant à une femme de cinquante ans de vivre sa vie seule, en paix avec elle-même et avec le monde environnant. »

« Une année à la campagne »  Sue Hubbell



Moi, Jean gabin

La citation du "mercredi" Posted on 22 Jan, 2020 07:58
moi jean gabin

« Elle le dit avec un tel désir de confirmation que je ne me sens pas de la décevoir. Jean ne le ferait jamais, de décevoir une femme fragile sans défense. Un petit mensonge est toujours préférable à une vérité cruelle, comme dit mon père, et je m’entends dire : -Eh oui, je suis triste que tu t ‘en ailles. J’avais l’intention de dire un mensonge mais, complexité de la nature humaine !, en le disant je comprends que c’est vrai, ça me rend triste, et en un clin d’œil, exactement comme au cinéma, je me retrouve enlacée à ses énormes épaules – on dirait des coussins, oh -, à sangloter et, chose vraiment honteuse, à l’implorer de ne pas partir, de ne pas nous laisser dans la poussière qui à chacun de ses départs s’accumule sur le sol, sur les meubles, sur mon corps même. »

« Moi, Jean gabin »  Goliarda Sapienza



« Les certitudes du doute »

La citation du "mercredi" Posted on 15 Jan, 2020 07:47

« — Pourquoi écris-tu, Goliarda ? — Pour prolonger de quelques instants la vie des personnes que j’aime. — Et avec la leur, la tienne, hein, renarde rusée ? — Bien sûr. Qui déteste la vie au point de ne pas résister que la sienne ne soit au moins un peu prolongée ? — Bien, alors peut-être un jour écriras-tu sur moi. C’est cela que Roberta voulait de moi ? Renaître littérairement, personnage vivant dans un livre ? Un désarroi nouveau me prend. Parviendrai-je, moi, privée par la marâtre nature de la joie d’enfanter, parviendrai-je à façonner à l’intérieur de moi ce petit cocon informe de chair pour en faire une petite fille, sinon belle et bonne, du moins pas difforme ou ne manquant pas de quelque membre ? Voilà la terreur ancestrale que toutes les femmes éprouvent à chaque fois qu’elles se sentent grandir un être en elles… Serai-je capable de surmonter cette terreur, et prenant papier et stylo, de me mettre à ce dur travail d’accouchement charnel et mental qu’il me faudra pendant des mois et des mois affronter chaque matin et peut-être chaque heure ? Je ne sais pas, — mais j’ n’ai plus qu’à me jeter dans le vide en retournant à elle, la recherchant, me rendant enceinte de son image et la laissant mûrir en moi, la nourrissant constamment jusqu’à ce que, enfin modelée, elle puisse passer des ténèbres à la lumière : Roberta, mon enfant. »

« Les certitudes du doute »  Goliarda Sapienza



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