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Blog Nohbi

A la recherche de Jack

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 28 Juil, 2021 08:06

« Je rêve que Jack me tient par la main et me fait tourbillonner. Sa bouche forme les mots « Je t’aime ». Il me sourit puis me lâche. Il me regarde danser. Je suis la dame danseuse de la boîte à musique de ma grand-mère, et je tourne sur mes bouts de pieds. Je suis un arbre agité par le vent. Je suis un pissenlit qui fait voler des souhaits jusqu’ au ciel. Je dérive sur les nuages et fais éclater le soleil du bout des doigts.

Je jette un coup d’œil rapide et les papillons s’élèvent au-dessus des fleurs. Ils volettent dans le cercle de mes bras. Jack en attrape un, petit et bleu, dans sa main. Ses ailes battent en rythme avec la musique. Il brille dans l’obscurité. Jack lève la main près de sa bouche et souffle le papillon vers moi. Il rit de joie. Je suis moi qui danse. Je suis libre. Je suis Rose. J’envoie un signe de la main à Jack et je ris avec lui… »

« A la recherche de Jack » Mel Darbon



Le mot d’Abel

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 14 Juil, 2021 17:08

« 

Nous rêvons tous d’un monde où l’avenir de chaque être humain ne dépendrait plus de son fichu mot. Un monde où ceux qui ont un mot grand, un mot fort, viendraient en aide à ceux qui ont un mot petit, un mot pourri, pour les aider à devenir plus grands que leur mot.Un monde où hériter d’un mot noir ne sonnerait plus comme une condamnation mais un pont de départ. Comme couard et courageux sont les deux faces d’une même pièce.Peut-être te dis-tu que nous visons l’impossible. Mais quelqu’un a dit : »Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » »

« Le mot d’Abdel » Véronique Petit



La facture

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 07 Juil, 2021 15:40

« Sentez-vous quelque chose ?
– Euh… Oui.
J’ai humé l’air de la rue. Il était sucré et chaud, plein de parfums d’été Des fleurs, un buisson peut-être ? Un vieux fond de graillon ? Une vague odeur de pourri et d’essence. Typique parfum d’été. Quelque chose de presque méridional. On entendait à nouveau la mobylette.
« Vous sentez quelque chose, n’est-ce pas ? a-t-elle continué au téléphone. Vous avez des sensations, des fantasmes, des amis et des connaissances. Et vous rêvez, je suppose ? »
Elle ne me laissait même plus le temps de répondre.
– Qu’est-ce que vous voulez dire ?
– Vous rêvez, la nuit ? a-t-elle continué.
– Ça arrive.
– Mmh. Et vous croyez que tout ça c’est gratuit ? »

« La facture » Jonas Karlsson



Walking class heroes: De qulques marcheurs

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 30 Juin, 2021 11:49

« Tout homme qui marche est porteur de regrets et de tourments qui lui sont propres . Il ne manquerait plus que quelques pas ,ou quelques mots jetés sur le papier, l’en débarrassent. »

« Walking class heroes: De quelques marcheurs » Michéa Jacobi



Le chien de madame Halberstadt

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 25 Juin, 2021 14:54

« Le temps filait sans faire cas de mon existence, qui allait à son rythme, plus lent. On me passait devant à la poste, à la boulangerie, sans penser à mal, simplement parce qu’on ne m’avait pas vu. On ne m’écrivait plus, je ne recevais plus de textos, plus d’emails, même promotionnels, et de plus en plus, sans explication, m’arrivaient des lettres adressées à un certain Jacques Mollard, que je ne connaissais pas.

Souvent, je montais dans ma voiture sans avoir rien décidé, je me trouvais pris dans les embouteillages et réalisais que c’était là que je voulais être : coincé dans les bouchons, comme quelqu’un qui aurait eu une vie ordinaire, un travail normal. »



Le prénom de mon oncle

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 17 Juin, 2021 11:16
« Quand je suis assis là, à la table blanche, j’essaie de penser avec les yeux de l’époque, sans le fardeau de soixante-dix ans de cours d’histoire. C’est la seule manière de l’approcher. Mais il est difficile de réaliser que l’histoire est écrite par des gens d’aujourd’hui, difficile de comprendre que ce que recouvre le mot « maintenant » a changé, difficile d’admettre que les gens qui ont vécu autrefois ont, comme nous, accumulé les tentatives, les erreurs et les décisions délicates à prendre, dont certaines ont, comme pour nous, entraîné des peines et des souffrances. Difficile enfin d’accepter l’idée que ceux qui nous ont précédés ont été confrontés au chaos et à l’incompréhensibilité du réel, exactement comme nous le sommes aujourd’hui. »

« Le prénom de mon oncle » Marjolijn van Heemstra


Le jour où Nina Simone a cessé de chanter

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 09 Juin, 2021 15:52

« La vie était belle, c’est vrai, mais mes soeurs et moi, nous étions conscientes très tôt de ne pas être comme les autres. Notre père était un réfugié politique syrien, titulaire d’une simple carte de séjour renouvelable tous les trois mois et notre mère libanaise ne pouvait pas, en fonction de la loi qui règne dans tous les pays arabes, nous transmettre sa nationalité parce qu’elle était une femme.Nous étions toutes les trois sans papiers dans le pays où nous étions nées.Et dans ce Liban où chacun n’existe que par sa communauté et sa confession, nous n’avions ni communauté, ni confession. Nous ne savions pas si nous étions chrétiennes ou musulmanes.
Quand nous posions la question à notre père, il répondait:
– Vous êtes des filles libres, un point c’est tout. »

« Le jour où Nina Simone a cessé de chanter » Darina Al-Joundi et Mohamed Kacimi



Des jours sans fin

"Conseillé par votre bibliothécaire" Posted on 02 Juin, 2021 17:21

« L’eau était potable sous la couche de glace en train d’épaissir. Vu les basses températures, les provisions seraient bien conservées. On disposait d’une forêt entière pour le bois de chauffage. Quand on lavait nos chemises et nos pantalons écossais, puis qu’on allait les récupérer sur les buissons où on les avait étendus pour sécher, ils étaient raides comme la mort à cause du froid. Parfois, on retrouvait de pauvres vaches gelées sur pied, à croire qu’elles avaient vu la Méduse. Certains ont perdu trois années de solde aux cartes. Ils pariaient jusqu’à leurs bottes, puis imploraient la pitié du gagnant. La pisse gelait en giclant de notre poireau, et malheur à celui qui était constipé ou qui avait un instant d’hésitation, il se retrouvait avec un marron glacé collé au cul. Le whisky continuait à nous dévorer le foie. Pour la plupart d’entre nous, c’était la vie la plus agréable qu’on ait jamais connue. »

« Des jours sans fin » Sebastian Barry



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